Association Les Amis de L'Isle Adam

     Les trois châteaux du domaine de Châteaupré - Cassan

     Le domaine de Châteaupré appartenait au XVIe siècle à Guillaume de Rangon, qui détenait ce fief noble de la famille Scalle. Sa veuve, sans enfant, Anne Dauvergne, se remarie, le 11 juillet 1567 (devant les notaires de la Châtellenie de Pontoise), avec un gentilhomme piémontais Philippe de Cassant, vraisemblablement attiré à la cour de France par Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II. En 1583, Philippe de Cassant est qualifié d’écuyer d'écurie de la Duchesse de Châtellerault (Diane de France ou de Valois), fille légitimée du roi Henri II. Pour éviter les jalousies à la cour du roi, il se fait naturaliser français (par lettres patentes du roi Henri III de mars 1583, enregistrées à la Chambre des Comptes) et donne le nom de "Cassan" à son domaine. La faveur royale, contrairement aux usages des fiefs et coutumes, avait permis de substituer le nom de Cassan à celui de Châteaupré. La propriété se compose un grand terrain boisé, sillonné de rus formant des étangs, des zones marécageuses et des îles. Elle comprend aussi un château, situé sur une île au milieu d’un étang alimenté par le ru du Bois. On accède au château par deux ponts en bois. L'entrée de la propriété s'effectue par une grille donnant sur la Voie-aux-vaches. A droite de l'entrée, on trouve les communs, avec hangar et étable, et une cour appelée "cour verte".

A Philippe de Cassant, succéderont : Philippe II, François I, François II, François III et Alexandre-Pierre-Nicolas.

François III de Cassan épouse en 1708 Reine Bergeret, fille de Pierre-Alexandre Bergeret (1650-1716) qui faisait partie de la grande Fauconnerie de France. On retiendra que les descendants Bergeret occuperont des fonctions importantes au service du roi qui leur permettront de s'enrichir considérablement. Cette fortune leur a permis de s'intéresser aux arts et de posséder des collections importantes, mais aussi d'acheter de nombreuses terres et maisons à L'Isle-Adam (hôtels Bergeret dans la Grande Rue, hôtel qui deviendra ultérieurement la Capitainerie des princes de Conti, le domaine de la Folie, la ferme et la grange Bergeret, ...) et ses environs (Nointel, Parmain, Valpendant, Frouville, …).

     Le 1er mars 1778, Pierre-Jacques Bergeret achète pour la somme de 46.000 livres à son cousin, Alexandre-Pierre-Nicolas de Cassan, le domaine de Châteaupré. Il fait aménager, avec l'aide de Fragonard, le château, qui remonte probablement vers 1700 (compte tenu des toitures à la Mansart). Il crée un parc à l'anglaise comparable à ceux du petit Trianon et d'Ermenonville. Il réalise le Bois d'Apollon au centre duquel se dresse un obélisque d'où rayonnent 16 chemins, le Rond d'Alphée, le Bain de Diane.

Il fait aussi construire le fameux Pavillon Chinois. Grand amateur d'art, Pierre-Jacques Bergeret s'entoure d'une collection inestimable d'oeuvres de grands maîtres de la peinture, mais aussi de personnages illustres tels que Fragonard, le paysagiste Jean-Marie Morel, les architectes François-Denis Courtiller (ou Courtillier) et Pierre-Adrien Pâris.

Rosalie Fragonard, la fille de l’artiste, passera les dernières années de sa vie au château de Cassan, chez les Bergeret, où elle mourra le 8 octobre 1788, à l’âge de 18 ans. Elle sera enterrée le lendemain dans le cimetière qui entourait alors l’église de l’Isle-Adam.

Au début de la Révolution Bergeret émigre. Puis pris de remords, il rentre à L'Isle-Adam pour essayer de sauver ses biens, dont une partie est déjà vendue. En 1793, il est arrêté pour examen de sa comptabilité, comme tous les receveurs des finances. Il est remis en liberté le 18 mars 1794 et s'installe définitivement à Cassan. Suite à un événement douloureux, il décide de vendre. Mais n'ayant pas trouvé acquéreur, au prix estimé du domaine, il le vend le 1er novembre 1803 à son architecte Courtiller pour la somme de 67.500 livres. Bergeret décédera à Paris le 24 mars 1807, à l’âge de 64 ans.

Le 14 novembre 1804, le domaine passe aux mains de Louis-Hippolyte Charles (1772-1837), officier d'ordonnance du Général Leclerc (beau-frère de Napoléon), puis fournisseur aux armées. Il était aussi l’amant de Joséphine de Beauharnais, épouse de Bonaparte. Une anecdote amusante de cette époque rapporte que dans la maison Ollivier, située dans la propriété, à proximité de l'entrée de la Voie-aux-vaches, était enfermé un grand singe baptisé par les habitants de Nogent "Coco de Cassan". Honoré de Balzac raconte cette histoire dans son roman "La physiologie du mariage". Ce singe étant devenu trop dangereux, il sera donné au Jardin des Plantes à Paris où il meurt peu après. Empaillé, il sera placé au pied de l'escalier du Muséum d'histoire naturelle où il restera quelques années.

Un tableau du peintre-architecte Jean-Antoine Alavoine, appartenant actuellement aux descendants de Louis-Hippolyte Charles (Charles Messance), immortalise le château de Cassan au début du 19ème siècle.

Le domaine de Cassan est vendu en 1828 à Jacques-Honoré Recappé, ancien notaire et conseiller général de la Seine et Oise, qui laisse le domaine à l'abandon. Le château dans l'île est encore debout mais une partie de son mobilier tombe en ruine, le parc est une véritable forêt vierge, les murs de clôture sont en partie détruits.

Monsieur Jules-Alexandre-Alphonse Bonnin (né en 1809), ancien entrepreneur de plomberie, qui avait fait fortune en installant le gaz d’éclairage à Paris à l'époque du Baron Haussmann, achète en 1866 le domaine de Cassan. Le nouveau propriétaire, qui habitait à Paris, 37 Boulevard Malherbes, fait nettoyer et remanier le parc, restaurer les communs, la ferme, les bâtiments des concierges, le Pavillon Chinois et le château. En 1867, il décide d’abandonner l’ancien château et en fait construire un nouveau sur les hauteurs du parc, avec vue sur la vallée. C'est un grand bâtiment orné de tourelles à chaque extrémité et dont la façade sud est enterrée dans des carrières.  M. Bonnin construit des grottes qu'il orne de statues grandeur nature. Il fait aussi l'acquisition de plusieurs terrains, fait construire de vastes dépendances, des écuries, des remises et un pavillon d'attente pour les chevaux de selle.

 Il aurait aussi fait construire par Joseph Monier, qui fut l’inventeur du ciment armé dès 1867, année de son premier brevet, un grand réservoir en béton armé de 35 m3, qui serait un ancêtre des ouvrages en ciment armé. Ce réservoir, probablement à proximité de son château, devait constituer une réserve d’eau, compte tenu de la situation du château sur une hauteur.

M. Bonnin décède en 1900. La propriété est alors habitée par son neveu, puis vendue en 1903 à Jacques Gustave Béjot (né en 1858 et avait épousé le 11 juillet 1892 Nicole Bédoile), agent de change, qui fait d'abord démolir les bâtiments datant du XVIIIe siècle. Il fait ensuite démolir le château existant et en fait édifier un autre sur le même emplacement, entre 1905 et 1908, dans le style du Trianon et de l’évêché d’Alençon. Il fait aussi démolir en 1908 le vieux château Bergeret. Les toits du nouveau château sont masqués par des attiques à l'italienne. La façade nord est précédée par une longue terrasse à laquelle on accède par un vaste perron. Un escalier monumental, muni d'une rampe en fer forgé, magnifique morceau de ferronnerie florale, conduit à l'étage. Les jardins sont ornés de parterres fleuris ; des bosquets abritent des sculptures ; les arbres, des plus rares essences, complètent cet harmonieux ensemble. Du côté de Nogent, une entrée avec barrière anglaise et un élégant pavillon de concierge, conduit aux dépendances et au château. En face de ce pavillon se trouvent le potager et les serres. L'entrée principale au domaine se situe sur la route de Beaumont, à la jonction de quatre avenues. Une superbe grille en fer forgé donne sur une route carrossable qui mène au château, que l'on n'aperçoit pas du dehors. Une dizaine de personnes travaille toute l'année pour entretenir le parc. La guerre de 1914-1918 éclate. Les fortunes se réduisent et le parc n'est plus que sommairement entretenu. La guerre de 1939-1945 achève le domaine. 







 Château Bergeret
















 Château Bonnin










Château Béjot

Madame de Brullon-Levêque (petite fille de Jacques Béjot) raconte :

« Je vivais là quatre mois par an. Fin mai 1940, Cassan est réquisitionné comme hôpital. Nous sommes alors retournés en Anjou chez mon père. Les troupes françaises n’ont pas eu le temps de s’installer. L’avancée allemande étant trop rapide. Celle-ci arrivée au bord de l’Oise sachant qu’il devait y avoir la troupe française a tiré des obus qui ont éventré une partie du château. Plus tard un message de la B.B.C. conseillait de ne pas se tenir sur les marches de Cassan ; les Allemands y demeuraient, mais dans le bas du parc de 77 ha. Le jour dit 1500 bombes ont été déversées sur le château, le parc et Nogent, bouleversant tout. Le beau-père d’une de mes nièces, le général de Ferrières-Sauvebeuf faisait partie de l’escadrille qui a effectué ce bombardement.

Impossible de reconstruire cette demeure. Les matériaux de grande qualité ont été vendus ou entreposés sur la route en direction de Mours et Beaumont-sur-Oise.

Le Pavillon Chinois avait beaucoup souffert, d’abord à cause de la vente aux Allemands de la toiture en plomb par le garde chasse de mon grand-père, puis par les bombardements. » (Voir photos au musée Senlecq)

Le château est touché par des bombes en 1944. Laissé à l'abandon, il devient dangereux pour les enfants et sa démolition est décidée en 1960.Le parc est ensuite vendu à un promoteur "La COGEDIM" qui entreprend, à partir de 1970, un lotissement de 500 pavillons.

Le Pavillon Chinois est édifié probablement entre 1781 et 1785, après un voyage en Italie d'un an (1773-1774) de Pierre-Jacques Bergeret de Grandcourt, accompagné de son père et du peintre Fragonard. A cette époque, se développe en France la mode des fabriques chinoises dans des parcs à l'anglaise. La Chine fascine les occidentaux, car elle leur apporte l'émotionnel et le merveilleux dans une société rigide et conventionnelle.

Le monument de forme octogonale est constitué par un soubassement de pierre, que surmonte le pavillon en bois avec sa couverture de cuivre. Le soubassement renferme une salle fraîche à colonnes doriques au centre de laquelle se trouve un bassin circulaire qui sert à la régulation des eaux. Le Pavillon Chinois n'est qu'une des fabriques qui devait décorer le parc. Les autres constructions ne semblent pas avoir été réalisées, probablement à cause des turbulences de la Révolution.

La légende raconte que Fragonard a exécuté les plans de ce Pavillon Chinois et a participé à son embellissement. En effet, pendant près de dix ans celui-ci sera l'hôte, avec son épouse et sa fille (décédée à L'Isle-Adam le 8 octobre 1788), des Bergeret, au château de Cassan. Toutefois, M. Carnoy, signale dans son mémoire de maîtrise, en 1971, que Pierre-Jacques Bergeret avait des notions d'architecture. D'ailleurs, celui-ci a laissé une quarantaine de planches représentant des projets d'aménagement de jardins. Certaines se rapprochent sensiblement de ce qui été réalisé à Cassan.

Grâce à sa plate-forme en pierre, qui a protégé de l'humidité la construction en bois, le Pavillon Chinois a pu parvenir jusqu'à nous, alors que la plupart des constructions de ce type n'ont pas résisté aux effets du temps. Après être resté à l'abandon pendant de nombreuses années et souffert des dégradations dues à la dernière guerre, le promoteur du Parc de Cassan le cède à la Municipalité en 1972. Sa restauration est alors confiée à l'architecte Olivier Choppin de Janvry. Pendant près de 4 années, une équipe d'artisans passionnés s'efforce de lui redonner son faste d’antan. Le financement de cette restauration sera assuré en partie par le promoteur, en partie par des subventions, en partie par la commune. Le 21 juin 1975, le Pavillon Chinois est inauguré par Michel Poniatowski, maire de L'Isle-Adam, en présence de Michel Guy Secrétaire d'Etat à la Culture. Il est depuis classé "Monument historique".

2007-2008 : Nouvelle restauration du pavillon chinois sous la direction de Pierre-André Lablaude, architecte en chef des monuments historiques. Coût total : 752.897 €. Réfection du bâtiment supérieur et des soubassements de la salle fraîche. Une clôture de protection avec télésurveillance par caméra a été installée pour se prémunir du vandalisme. Un éclairage architectural a aussi été mis en place. L’inauguration a eu lieu le 20 septembre 2008, journée du Patrimoine, en présence du député maire Axel Poniatowski et Pierre-André Lablaude, architecte.

Une magnifique grille, mise en place lors de la restauration du Pavillon Chinois en 1975, donne un accès somptueux au jardin de ce chef d’œuvre architectural. Elle se trouvait depuis 1906 (ou 1907) à l'entrée de la propriété du château de Cassan, route de Beaumont (près de l'actuel carrefour des Héros de la Résistance), qui appartenait alors à Jacques Gustave Béjot. Celui-ci avait acheté cette grille vers 1906 alors qu'elle se trouvait à l'entrée de l'ancien hippodrome de la Place Clichy à Paris en cours de démolition, la sauvant ainsi de la casse. Cet hippodrome de taille relativement modeste, à ne pas confondre avec un champ de course comme Auteuil ou Vincennes, servait à présenter un spectacle hippique, de cirque ou de théâtre. Créé le 18 mai 1900, cet hippodrome sera transformé dès 1907 en salle de spectacles, puis de cinéma.

Le pavillon de Gardien du château de Cassan, qui se trouve situé à l’angle des rues de Nogent et Pierre Morard, a été racheté à la COGEDIM par la municipalité et restauré en 1975 pour loger du personnel communal.

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